Cycle Mois du doc
Dessins du réel
Cycle proposé par Images en bibliothèques dans le cadre du Mois du doc
Donner à voir ce qui ne peut être dit ou filmé.
Cette sélection s’attache à révéler la force évocatrice du dessin à travers des films qui utilisent des dessins réalisés par les protagonistes eux-mêmes.
Dans ces films, au-delà de son utilisation esthétique, le dessin est utilisé pour donner à voir ce qui ne peut pas être dit ou filmé. Par l’empreinte des émotions ou de traumatismes qui n’ont pas de mots pour être décrits, le dessin montre l’indicible. Il devient une parole, un langage à part entière.
Dans le film Fort intérieur, réalisé à l’intérieur d’une prison pour femmes, l’interdiction de filmer les visages des détenues est le point de départ d’une mise en scène originale qui permet aux récits des femmes d’évoquer de manière sensible l’enfermement. Le récit en voix off et le récit pictural s’enchevêtrent, le dessin imprime la présence des corps et donne à voir de manière subtile l’invisibilité des émotions. Ce lm est un bel hommage à l’imaginaire, comme espace possible de liberté. Le rapport entre l’espace vécu et l’espace imaginé traverse aussi Vidéocartographie: Aïda, Palestine. Les dessins des réfugiés palestiniens élaborent des géographies subjectives qui questionnent le lien entre l’espace physique occupé et l’espace mental.
Dévoiler une réalité intérieure qui ne peut être filmée, c’est l’enjeux du magnifique lm J’ai huit ans de Yann Le Masson, René Vautier et Olga Baïdar-Poliakoff, qui capte les traumatismes d’enfants qui ont connu la guerre en filmant leurs dessins.
C’est également l’ambition du film Le Printemps de Sant Ponç d’Eugenia Mumenthaler et David Epiney, ainsi que du film Cartographie de Sébastien Coupy. Dans ces deux films, le procédé permet d’instaurer une situation propice à la confidence avec des personnes internées dans des institutions de santé.
Dans Espaces, dessiner sa cour d’école permet à une petite fille de développer son argumentation sur les rapports de force qui se jouent entre garçons et filles.
Le documentaire se confronte aussi à l’impossibilité de montrer à travers des prises de vue réelles lorsqu’il s’agit de rendre compte du passé. Dans Manque de preuve de Kwon Hayoun, le récit se déploie avec pudeur, les dessins renforcent le caractère anonyme du protagoniste et questionnent le rapport du documentaire au réel et à la vérité. En pointant la relation entre récit et témoignage, faits et preuves, le lm questionne le système judiciaire autant que le genre documentaire.