Summer Pasture / Visuel
Cycle Mois du doc 2013

Les nomades et leur représentation au cinéma

Cycle proposé par Images en Bibliothèques dans le cadre du Mois du doc 2013

En partenariat avec le Comité du film ethnographique.

La représentation de l’identité nomade par le documentaire fascine nombre de spectateurs et suscite, pour certains d’entre eux, une attirance nostalgique face à un mode de vie sujet à des transformations radicales. Dès le début, le documentaire en général et ethnologique en particulier, contribuera à ce phénomène en filmant des sociétés menacées de disparition, sans nécessairement tenir compte qu’elles étaient déjà dans un processus d’adaptation pour tenter d’intégrer les évolutions économiques et/ou administratives imposées par les États ou le colonialisme.
Ces productions filmiques (par exemple, Nanook of the North ou Grass A Nation Battle for Life) marqueront durablement et auront pour effet de suspendre le temps dans celui d’un passé révolu. Aujourd’hui, cette propension perdure encore dans une certaine mesure, notamment avec le documentaire télévisuel, alors que le cinéma ethnologique relate désormais des solutions mises en œuvre par les nomades eux-mêmes ou ex-nomades pour concilier leur passé avec le présent.

Pour voir et comprendre au-delà de ces visions figées et biaisées, comme face à la multiplicité des situations et aux pressions de la globalisation, nous avons voulu mettre en avant la production ethnologique des deux dernières décennies qui donne directement la parole à ceux qui s’interrogent sur l’éventualité de devenir sédentaires ou qui le sont devenus. Ainsi les parcours et portraits montrés à travers quatre documentaires offrent-ils de nouvelles perspectives à la réflexion sur la sédentarisation et la reconnaissance des cultures dans leur diversité.

Vivant sur les hautes plaines du Zachukha dans l’est du Tibet, Lotcho passe par une période de grande incertitude : la santé fragile de sa femme Yama, le déclin de l’élevage des yaks, la scolarisation dans quelques années de sa fille, amènent le jeune nomade à peser le pour et le contre d’une future sédentarisation. La décision est lourde à prendre et le temps du film Summer Pasture n’y suffira pas. Après des tractations entre les clans evenk, de Sibérie orientale, et le ministère de l’éducation de Russie, la décision est prise, l’école nomadise au gré des transhumances. Outre l’enseignement scolaire obligatoire, les enfants y étudient la culture, l’histoire et la langue evenk, sans oublier les savoirs liés à la forêt et à leur mode de vie. Le film L’École nomade apporte une possible réponse aux contraintes du monde d’aujourd’hui.

Dans le troisième film, Le Père, le fils et le saint Torum, les Khantys du Nord-Ouest sibérien ne connaissent pas de répit : sédentarisés de force sous Staline en 1933, ils sont confrontés depuis la fin de l’URSS à une ruée vers l’or noir. Dans une trame de relations conflictuelles, un père chaman tente de préserver avec son tambour la terre de ses ancêtres alors que le fils la négocie pour le compte des compagnies. Quant à saint Torum, que pense-t-il de ce peuple à la recherche de la maîtrise de son destin ?

Les Conversations avec Dundiwuy Wanambi, Aborigène yolngu d’Australie, apportent un début de réponse à travers l’évocation de son parcours et de celui de son clan. En réaction au développement minier et à l’implantation des missionnaires, les Aborigènes organisent leur défense pour que des droits protègent leur environnement et reconnaissent leurs anciens modes d’existence. Cette longue lutte aboutira à un succès partiel et fragile.

Le Comité du film ethnographique