Faire une bonne projection en médiathèque

Recommandations pratiques et techniques pour réussir sa projection

Qu’est-ce qui motive quelqu’un à venir voir un film en projection dans une médiathèque, à l’heure où tous les films ou presque sont disponibles sur internet facilement, y-compris sur les plateformes de certaines médiathèques ? D’une part le désir de la rencontre, du partage incarné, d’un événement qui fait sens au-delà du film, débats avant ou après, connexion à des thématiques travaillées dans le cadre des propositions culturelles. Et d’autre part la qualité technique de la projection. Mais toutes les médiathèques ne disposent pas d’un auditorium bien équipé, et même là il peut y avoir des réglages techniques à faire sans la présence d’un professionnel de la projection. La qualité de la projection a un impact direct sur le plaisir du spectateur, donc sur le sens même de son expérience.

Une « bonne » projection ne dépend pas seulement de conditions techniques «objectives», mais plutôt d’une méthodologie liée à un certain nombre de détails clés, que nous allons voir précisément. On ne peut pas dire « ce n’est pas de ma faute, je n’ai pas le matériel nécessaire », on peut toujours améliorer les choses. Je fais même des projections itinérantes, d’excellente qualité technique, avec des vidéoprojecteurs portables dans les rues des villes !

 

L’OBSCURITÉ

L’obscurité dans une salle est un critère majeur. Peut-être que votre petite salle polyvalente a des baies vitrées sans stores, et qu’il vous semble peine perdue d’y obtenir l’obscurité. Mais y ajouter, au moins, un peu plus d’obscurité, ou le plus possible d’obscurité, est un élément qui change tout. En effet, si vous testez la projection d’une image en pleine lumière, et que vous enlevez une à une les lumières, vous verrez littéralement l’image apparaître. Plus une salle est obscure, et plus l’image existe, tout simplement. Dans la mesure où ce que nous transmettons, ce sont des images (associées à des sons, nous y viendrons plus loin), faire exister l’image, optiquement parlant, est bien-sûr la base de tout. Je me répète : même si l’obscurité totale n’est pas possible, obscurcir, même un tout petit peu plus, change déjà beaucoup. N’oubliez pas que ce qui fera la qualité technique de votre projection, ce n’est pas un élément principal, c’est l’addition de petits éléments, qui, pris isolément, semblent modestes, mais qui, associés les uns aux autres, changent la perception.

On pourrait dire : mais si on prenait un grand écran plat, un téléviseur, cela ferait une image visible en pleine lumière. Assurément, mais je vous déconseille fortement l’écran plat pour faire une projection publique : l’image sera toujours moins grande que celle d’une projection, l’écran plat est un objet quotidien donc le dispositif n’est pas extraordinaire, réduisant cette expérience collective à une expérience quotidienne, mais surtout, techniquement et physiologiquement parlant, un vidéoprojecteur fait une projection d’une image sur une surface qui, par réflexion arrive à nos yeux, alors que l’écran plat envoie directement des photons dans nos yeux, il n’y a ni projection ni réflexion. Les mots ne sont pas anodins... Projection : ce que l’on projette, ce que l’on imagine, ce que l’on élabore. Réflexion : l’exercice de la pensée. C’est à ces aventures là, me semble-t-il, que les propositions culturelles invitent les spectateurs.

 

LE VOLUME SONORE

On a tellement dit du cinéma que c’était un art de l’image qu’on en oublie souvent, techniquement parlant, le son. L’image pose question, le son semble évident. En réalité, ce qui fait une partie majeure de l’expérience cinéma pour le spectateur, c’est le fait d’être immergé dans le son, ce qui nécessite deux conditions principales : un système de restitution sonore puissant, et un volume sonore plus élevé que dans le quotidien. Il ne faut pas croire que de petites enceintes d’ordinateur sont suffisantes. Faites en l’expérience, comparez, dans un même lieu, le son d’un même film écouté via de petites enceintes et via un système son puissant, c’est le jour et la nuit, vraiment, en termes de sensation physique. Le cinéma, c’est le plaisir du spectateur. Le son y participe énormément. Pour autant, un système sonore puissant n’a rien d’un objet extraordinaire. Une simple chaîne stéréo, ou certaines enceintes Bluetooth de grande taille sont tout à fait suffisantes. Mettez de l’attention au son, cela changera tout !

 

LE RÉGLAGE DU VIDÉOPROJECTEUR

Soit vous avez un vidéoprojecteur déjà accroché, soit vous avez un vidéoprojecteur mobile. Même dans le cas du vidéoprojecteur déjà accroché, des réglages peuvent singulièrement améliorer la qualité de la projection. Dans le cas d’un vidéoprojecteur mobile, prenez le temps nécessaire pour chercher le meilleur positionnement. Vous pouvez projeter sur un écran, mais parfois sur un simple mur. L’image doit être «accrochée» à un élément architectural, il ne faut pas qu’elle «flotte» au milieu d’un grand mur. Au moins deux de ses rebords (gauche-droite ou haut-bas) doivent se positionner sur les rebords d’un élément architectural. Essayez de faire la plus grande image possible (ce qui implique de reculer le vidéoprojecteur), ce qui lui donne plus de valeur. Par contre, si votre lieu ne peut pas être totalement obscurci, parfois on pourra préférer une image plus petite (car plus l’image est petite plus elle est lumineuse, la puissance du projecteur étant plus concentrée). Une fois que vous avez trouvé le bon positionnement, prenez le temps de travailler l’horizontalité parfaite de l’image (parfois cela prend du temps, de caler les pieds du projecteur avec des programmes de la médiathèque empilés). Puis prenez le temps de régler le «trapèze» (lorsque le projecteur est plus haut ou plus bas que l’écran, l’image est logiquement déformée en hauteur, ce que l’on peut compenser, dans tous les vidéoprojecteurs ou presque, par la fonction «trapèze», qui déforme l’image dans l’autre sens, afin que les lignes verticales (facile à constater sur les rebords de l’image) redeviennent verticales.

 

LES PROPORTIONS DE L’IMAGE

Prenez vraiment garde, et là le réglage peut être différent pour chaque film, au respect des proportions de l’image originale. On voit trop souvent des films déformés : écrasés en largeur, ou étirés en hauteur. L’oeuvre n’est alors absolument pas respectée. Les problèmes de mauvaises proportions de l’image peuvent venir de bien des endroits : des réglages du lecteur (ordinateur ou lecteur DVD, Blu-ray138 ou multimédia), des réglages du vidéoprojecteur, et des réglages qui mettent en relation le lecteur et l’ordinateur. Il y a aussi les réglages dans les logiciels de lecture qui peuvent jouer.

 

LA VISION DU SPECTATEUR

Asseyez-vous à toutes les places, avec des spectateurs devant vous, pour vérifier que les sous-titres, par exemple, sont bien visibles.

 

LA MAGIE DE LA PROJECTION

Une projection est un moment magique, un rituel. Faites en sorte que vos projections le soient, techniquement parlant. Conseil principal : préparez la lecture de votre film, de sorte à ce que, lorsque les personnes entrent dans la salle, l’écran soit noir, et que vous n’ayez qu’à presser la barre espace de votre ordinateur pour que le film soit lancé. Idem à la fin du film, qu’après le film, l’écran reste noir. Si les spectateurs voient toutes vos manipulations à l’écran, ça casse le mystère, ça banalise. Certains font cela avec des playlists dans le logiciel de lecture, certains mettent simplement un carton devant le vidéoprojecteur pour couper le flux de lumière.

 

FAITES DES ESSAIS

Prenez au sérieux la technique de projection, l’attention que vous y mettrez aura un impact immédiat sur le plaisir de vos spectateurs. Prenez le temps de faire des essais, en amont et juste avant la projection, planifiez ce temps dans votre organisation.

Bonnes projections !

 

Ecrit par Benoît Labourdette

Photo © Médiathèque d'Orléans

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Cette fiche pratique a été rédigée par Benoît Labourdette, pour l'ouvrage "Du cinéma en bibliothèque" coédité par Images en bibliothèques et l'ABF en 2017.

Pour le commander, rendez-vous sur le site de l'ABF

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