Dans ce portrait de « femme à/dans l’écran », Alice Lenay, la réalisatrice, joue avec les nerfs des spectateurs. Sérieuse, chercheuse, ou farceuse, manipulatrice ? Les minutes passent inexorablement, sans que l’on parvienne à pencher pour le canular ou reconnaître le caractère scientifique de cette enquête 2.0. L’exercice est tout sauf explicite, mais si l’on accepte de se laisser entraîner au bout de l’univers étoilé d’Internet, la découverte d’un monde étrange, si loin et pourtant si familier, constitue un incroyable parcours, dark et lumineux à la fois. Tout cela à partir d’une webcam qui n’en fait qu’à sa tête, clignote et s’éteint selon son bon vouloir. Tandis que quelques amis d’Alice, familiers de l’univers du hacking, viennent deviser librement de l’esprit de la machine, des flux d’images insolites et des traces de vies supposées exogènes, elle décide de resserrer la discussion sur des questions plus intimes : parler de séduction, sensation ou solitude jette tout à coup un froid sur les relations « Peer-to-Peer ». Toutes proportions gardées, ce film, porteur d’un hommage espiègle à 2001, l’odyssée de l’espace, emprunte à son iconique modèle un goût revigorant pour la spéculation philosophique.