Le titre du film de Stéphane Roland est tiré du livre de l’écrivain indonésien Pramoedya Ananta Toer « le soliloque du muet » qui relate ses années de détention sur l’île de Buru de 1966 à 1979. En Indonésie, les anciens prisonniers politiques du « Nouvel Ordre de Suharto », régime de terreur largement soutenu à l’époque par les pays occidentaux et en premier lieu, les Etats-Unis lancés dans leur farouche croisade anti-communiste, sont muselés depuis 50 ans par un système d’oppression toujours présent malgré la démocratie. Le réalisateur part à la recherche des témoins survivants d’un des plus grands crimes de masse du XXe siècle, épisode de l’histoire peu relaté et méconnu, du moins du côté occidental. Il arpente avec sa caméra, l’archipel indonésien, d’île en île, à la recherche des témoins, sur les traces des massacres (anciens charniers), des camps de détention... En parallèle, il alterne son récit avec les enregistrements sonores issus du tribunal populaire symbolique de La Haye, chargé en 2015 de témoigner et de juger les crimes commis par le régime, sur lesquels défilent des photographies en noir et blanc, du procès. Ce film à la fois fort et sensible, restitue la dignité des survivants face à l’horreur vécue, leur courage face au silence assourdissant entretenu par les régimes qui succèderont à la dictature et permet d’éclairer une page de l’histoire sombre et peu connue de la fin du XXe siècle. Un film nécessaire qui permet de dévoiler ce pan de l’histoire enfoui, de donner la parole enfin à ces gens qui ne sont pas entendus, qui redoutent que l’histoire ne se répète dans ce pays divisé et amnésique, et que leur long soliloque ne cesse jamais…