Le cinéaste Comes Chahbazian va à la rencontre de plusieurs civils volontaires ayant fait le choix des armes, dans les années 1990, dans leur village du Haut-Karabagh. En voix off, ils racontent des bribes de leur histoire, des souvenirs de la guerre, un ou deux détails marquant, signifiant, des réflexions profondes. Les voix sont calmes, douces. Leurs mots sont précis, choisis, pas un de trop. “C’est dommage tous ces morts. Des gens talentueux, des amis. Ils ont été privés de leurs réalisations futures. Le travail de l’homme est inachevé. Il n’a pas eu le temps de donner à l’humanité ce qu’il avait en lui”.
Les silences sont longs, émotion rentrée, douleur indicible, pudeur. L’image est sur le même rythme. Les plans sont longs, souvent fixes, poétiques, parfois oniriques. L’image est, elle aussi, très travaillée, les cadres et la lumière sont très construits. On suit les personnages dans la nature luxuriante, dans les rues, dans leurs errances, leur temps de pause. Dans cette vie, chaque geste du quotidien est encore chargé de la présence sourde de la guerre. Trois décennies plus tard, l’Histoire se répète. La guerre s’embrase à nouveau. Le film montre l’après. L’image a changé. La montagne, le village sont filmés de très haut, vraisemblablement d’un drone. Dans Notre village, on ne voit jamais d’images de la guerre (sauf la toute dernière) ni de traces visibles, sauf celles qu’elle laisse au coeur et à l’âme des hommes.