De fil en aiguilles et d’un siècle à l’autre, les 24 Portraits d’Alain Cavalier (1987-1991), tous courts, féminins et parisiens, se sont mués en 6 Portraits « XL », où le filmeur a délaissé l’enregistrement quasi-ethnographique des gestes du travail pour l’étude de caractères et la plongée dans l’intimité insondable de quelques personnes, pour la plupart des amis de longue date. Quel lien mystérieux unit Léon, le cordonnier qui prend sa retraite et Guillaume, le pâtissier qui ouvre une nouvelle boutique ? Jacquotte, la femme mûre fascinée par les objets de son enfance et Daniel, l’ex-cinéaste qui vit au rythme de ses tocs ? Philippe, le journaliste au travail millimétré et Bernard, l’acteur saltimbanque ? Aucun en apparence, si ce n’est Cavalier lui-même, qui les a choisis et leur donne la réplique, qui les observe et fait des observations, qui habite à regret le hors-champ et s’invite volontiers dans le cadre, multipliant par six sa propre vie, tout en la partageant avec la multitude de ses fidèles spectateurs. Isolément ou simultanément, le temps d’une longue après-midi, il faut voir ces Portraits qui perpétuent au 21e siècle une tradition que l’art et la littérature ont maintes fois sublimée.