Shenze Zhu, née en 1987 à Wuhan, vit à Chicago depuis 2016. Constatant que sa ville d’origine devient méconnaissable, elle y retourne filmer l’évolution du paysage et la façon dont les habitants y réagissent. Tourné de 2016 à 2019, le projet précède la pandémie. Les images et les sons aussi, donc. Avec des cadrages impressionnants de pertinence, des plans très larges et fixes, donnant le temps non seulement de voir mais de regarder ; et un riche paysage sonore, s’installe un sentiment très fort d’immersion et d’appartenance à ce paysage. Dans une chronologie de tournage inversée, se dévoile une histoire tendre des habitants, nageurs, danseurs, et autres promeneurs, une histoire sans concession de l’État chinois, hors champ, et des ses acteurs involontaires, ouvriers, énormes grues, machines de chantiers et portes containers démesurées. L’impasse de l’histoire en direct est pourtant impossible : Shengze Zhu décide alors d’un dispositif de texte à l’écran, en surimpression des images. Des lettres écrites aux défunts par des parents, des enfants. Magnifique et intime contrepoint.
Rendre non exotique ce qui ne doit plus l’être, tant les proximités entre les populations urbanisées sont réelles, voilà une des réussites majeures de ce film.